dimanche 26 mars 2006, par Stephane Cottin
Pour avoir des informations sur ce qui s’est passé lors du vote à l’élection présidentielle des 5 et 19 mars 2006 au Bénin, voir notamment les sites suivants :
Un site en allemand bourré de cartes et de liens hypertextes intéressants sur la géographie et l’histoire récente du Bénin (LIS : landeskundlichen Informationsseiten Benin), avec notamment cette page sur la vie politique
Le site de la CENA (Commission électorale nationale autonome), très bien fait
Quant à mes périgrinations, mon devoir de réserve m’impose de malheureusement me limiter ici aux généralités. J’ai effectivement fait un rapport circonstancié aux autorités, mais je ne peux pas le rendre public.
Aussi voici ce que je peux dire, sans briser de secret d’Etat, sur mon séjour au Bénin.
La genèse du projet
Lors d’une visite d’une délégation de la Cour constitutionnelle du Bénin à Paris, la Présidente, Conceptia Ouinsou, avait émis le souhait de disposer d’assistance technique de la part du Conseil constitutionnel français, à l’occasion notamment de ses opérations de contrôle et de proclamation des résultats de l’élection présidentielle de mars 2006. Un échange de courrier en novembre 2005 avait officialisé la requête et la mission a été montée par l’ambassade de France au Bénin, courant janvier.
Les préparatifs de la mission
La lettre de mission m’est parvenue le 2 février 2006, mais les préparatifs ont débuté dès le 24 janvier avec un échange de mails avec l’ambassade. Mon contact avec la Cour constitutionnelle est directement la secrétaire générale, Madame Marcelline Gbeha Afouda. Avec une dizaine de mails échangés entre la secrétaire générale d’une part, puis l’ambassade de France au Bénin d’autre part, le voyage s’est monté grâce à l’association Egide, qui s’occupe de presque tout (voyages, assurances, per diem...) Je n’ai eu qu’à réserver l’hôtel.
Le voyage
Vol AF814 du 3 mars 2006. Départ initialement prévu à 13h40, porte E73, sera finalement parti à 15h00 porte E77. Rien de grave, mais ça commence bien !
Le vol est finalement agréable, sur un Airbus A330, en classe tempo (faut pas rêver, c’est l’ambassade qui paye...). L’avion est presque plein, avec beaucoup de religieuses et de moines en grande tenue et de jeunes gens un peu bruyants partis « faire du commerce équitable ».
J’avais prévu de relire les textes officiels pendant les six heures de vol : finalement, j’ai eu la flemme, et j’ai regardé les films (« Je vous trouve très beau » puis « Harry Potter 4 » puis « Walk the line » = 6 heures, c’est long)
L’arrivée à Cotonou
J’ai adoré cette fonctionnalité sur l’écran de mon siège dans l’avion qui permet de voir le paysage sous l’avion, n’étant pas assis à côté d’un hublot. Le Sahara et ses dunes sont vraiment somptueux. L’arrivée à plus de 21h00 à Cotonou se fait de nuit. Vue du ciel la ville a l’air bien éclairée, vaste, industrieuse. Plus tard, je constaterai que l’éclairage public est largement déficiant à part sur les grads axes, finalement peu nombreux, et qu’après le coucher du soleil, on ne voit plus rien.
Un bus nous attend sur le tarmac, mais c’est pour faire un saut de puce de quelques dizaines de mètres : les pistes sont tout près de l’aéroport lui même.
Ce dernier est très près de la ville. Il n’est pas très grand, il ne semble y avoir en fait que deux grandes pièces contiguës : arrivées et départs. Le premier contrôle de passeport se fait dès l’entrée dans le batiment. Je tombe sur un militaire qui m’a l’air très jeune et qui me regarde d’un air soupçonneux et menaçant. Mais le contrôle se passe sans problème ; le chef du service du protocole de la Cour m’attend comme prévu dès la sortie du contrôle dans la salle des bagages (il a un laisser-passer qui lui permet d’être à cet endroit). J’ai fait attention à ce qu’il ne soit pas parmi les personnes qui attendaient dès la sortie de l’avion, cela m’était arrivé une fois au Maroc de louper mes hôtes en suivant docilement la foule vers les douanes alors que mes « coupe-files » m’attendaient au bas de l’échelle.
Ici, le membre du protocole permet de passer assez vite la douane (en fait, de ne pas la passer) et de récupérer une voiture et son chauffeur qui l’attendent dehors.
Chaleur moite : il ne pleut pas et ce n’est pas mouillé par terre, mais c’est tout comme. Il doit faire plus de 30 °. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour aller à l’Hôtel. Mon guide me décrit rapidement ce que l’on voit sur le bord de la route, bien large et bien éclairée, peu fréquentée à part par de petits deux-roues à moteur tous feux éteints. On passe donc devant quelques hôtels de luxe, l’ambassade de France (qui m’a l’air fort étendue), le palais présidentiel, et on arrive donc très vite à l’hôtel du Port : il semble, mais dans la nuit je ne l’ai pas vue, qu’on a longé la mer sur notre droite tout le long de la route. De jour, le lendemain, je constate que l’hôtel porte bien son nom, car on ne voit pas la mer, mais bien le port et ses engins de levage.
L’hôtel
Une façade défoncée et couverte d’échafaudages cache en fait un véritable petit centre de vacances type club med. Une petite dizaine de bungalows entourent une piscine, avec un restaurant bar au fond. La chambre est vaste, sobrement meublée. La tuyauterie et le carrelage sont fatigués, mais encore convenables. Ce qui marque le plus est le bruit : celui de la climatisation, celui des enfants dans la piscine, des travaux de rénovation, du port, de la route toute proche. Le service est discret et impeccable.
La télévision
Il n’y a que deux chaînes béninoises (Golfe télévision et LC2) accessibles dans l’hôtel, mais j’ai l’occasion dans le bureau du chef du protocole, le samedi 4 mars, en attendant le prestataire, de regarder la chaîne du service public ORTB « la chaîne des grands événements ». L’émission en cours est un direct hebdomadaire de deux heures, de talk shows avec un présentateur assez insupportable et imbu de sa personne (il coupe à plusieurs reprises ses interlocuteurs ou les chroniqueurs pour demander par exemple que le cadreur le reprenne en gros plan pour qu’il puisse remettre sa cravate...) De nombreux problèmes techniques émaillent les émissions, parfois drôles (les perles dans les tresses de la présentatrice météo qui cognent contre son micro...)
Le restaurant de l’hôtel
Le soir du premier jour (le samedi), je vais dîner au restaurant de l’hôtel, que j’avais testé rapidement le matin au petit déjeuner. Un menu simplifié à l’extrême, le maître d’hôtel, fort courtois, ne me laisse en fait pas trop le choix et me fait prendre le menu. A l’heure où j’y suis allé, seuls deux industriels chinois caricaturaux étaient présents et mangeaient de façon « sonore », pas très ragoûtant. Un autre client européen est arrivé un peu plus tard, à qui le maître d’hôtel lui a fait le même coup en lui imposant sa même salade de mérou et son agneau et sa semoule, mais le client a rétorqué qu’il ne souhaitait pas manger de crudités (c’est effectivement une des recommandations formelles de l’ambassade). Le serveur a eu l’air vexé et a précisé que la salade était bien nettoyée. J’avais complètement oublié cette recommandation et j’ai tout mangé avec appétit. Pour l’instant je ne suis pas malade... Je ne le serai qu’à partir du 5e jour, mais pas trop violemment, et vive les médicaments...
La ville de Cotonou
Confiné entre l’hôtel et la Cour constitutionnelle toute proche, je n’ai pas vu grand chose d’une ville qui a l’air grande, avec des routes larges et des quartiers spécialisés. En effet, il semble que je me trouvais dans le quartier des bâtiments publics et des ambassades. Peu d’habitation et même peu d’animation dans les rues avoisinantes et sur le chemin de la cour. En revanche, beaucoup d’uniformes (hommes ou femmes), et surtout une circulation très particulière.
La circulation
Quiconque s’intéresse à Cotonou avant d’y aller lit nécessairement un papier sur les Zemidjans, sans pouvoir vraiment deviner ce que cela représente vraiment. Un zemidjan (en langue locale, c’est « conduit moi vite » est un taxi à moto, vêtu d’une veste jaune fluo marquée d’une immatriculation verte). En fait de deux roues, il y en a partout, avec une, deux ou trois personnes dessus, roulant un peu n’importe comment, au klaxon et au culot. Seuls les policiers ont des casques. Le plus étonnant est de voir des équipages hétéroclites, soit avec des individus superbement habillés (cravate et costume européen sombre ou au contraire boubou multicolore) sur des pétrolettes hors d’âge, soit avec des personnes de corpulence particulièrement étonnantes, dépassant de tous les côtés de petites mobylettes dont on se demande comment elles se déplaçaient.
Tout ce beau monde roule au milieu des voitures qui ne se déplacent qu’en klaxonnant à chaque dépassement, d’où un concert continu de coups de corne.
Je n’ai pas connu l’expérience du zemidjan ou "zem", mais on m’a menacé ;-). J’ai tenu bon...
Sur le bord des routes, on voit des étals de marché étonnants d’inventivité dans la mise en place des produits, composant de véritables tableaux avec des fruits, des chaussures, des boîtes de lait ou que sais-je... On voit aussi des femmes portant d’invraisemblables volumes d’objets sur leur tête, là aussi arrangés artistiquement.
Le climat
J’ai déjà évoqué la moiteur que l’on ressent dès l’arrivée à l’aéroport. Il a fallu que j’attende le 4e jour de mon séjour pour assister à mon premier orage tropical. En toute fin de journée, vers 18h00, le ciel s’est subitement assombri. Bizarrement, je n’ai pas vraiment entendu de tonnerre mais j’ai vu plusieurs éclairs, et surtout une pluie très violente, toute droite, accompagnée d’une chute brutale de la température.
J’étais déjà exceptionnellement rentré à l’hôtel à ce moment là, et le phénomène a conduit une grande partie des clients dans... la piscine. La pluie n’a finalement pas duré longtemps, et il a même refait un peu jour avant la tombée de la nuit, vers 19h10. On connaît en effet précisément l’heure du coucher du soleil, car c’est une des informations que donnent les bulletins météo. La première fois je n’ai pas compris l’intérêt d’être aussi précis (un peu comme les températures, on a une carte du Bénin à l’écran avec les heures de coucher à la minute près) : c’est finalement tout à fait normal dans un pays où il n’y a finalement que peu d’électricité, et où l’éclairage public faisant défaut, il est primordial de savoir quand tombe la nuit car cela arrête l’activité. C’est aussi pour cela que le scrutin est prévu de clore à 16 heures dans la loi électorale : c’est pour prévoir de faire le dépouillement à la lumière du jour. Mais il est surtout prévu que le scrutin dure neuf heures (avec des bureaux de vote à 300 électeurs, et souvent plus de trois minutes par électeur (un seul électeur à la fois) ce n’est parfois même pas suffisant, pour peu qu’il y ait un problème avec le matériel)
L’ambassade
J’ai eu l’occasion d’aller le lundi matin à l’ambassade de France, à l’invitation de S.E. M. Daziano, ambassadeur de France. J’ai été un peu pris au dépourvu, car je ne pensais pas qu’il voulait me voir si tôt. C’est donc en tenue peu formelle (jeans et chemisette, mais cravate) que je l’ai vu, alors que lui était dans un costume sombre et strict. Tant pis. De toute façon, j’ai revu l’ambassadeur le dernier jour (dimanche), et il était en casual wear.
L’ambassade est toute proche de l’hôtel, et est située dans au milieu d’un parc fermé par de hautes murailles blanches et strictement gardé. Après l’entrée principale digne d’un château-fort passée en voiture et gardée par plusieurs militaires, il faut entrer dans un premier sas avec portique de contrôle, puis monter les étages, et la porte d’accès à l’étage de l’ambassadeur est aussi fermée par une porte sécurisée.
Un vrai parcours du combattant. Mais les lieux sont calmes et apaisants. On n’entend pas la circulation omniprésente, on ne voit que le parc, très vert, peuplé d’oiseaux bizarres émettant des sons étonnants.
Les magasins de souvenirs
Comme tout bon touriste, qui plus est père et mari (dis papa, tu me ramèneras un cadeau, dis ?) il m’a fallu trouver un lieu pour acquérir de la pacotille locale. J’ai bien cru un moment que cela allait être difficile, en voyant les étals de marché ambulant, je me voyais mal revenir avec un vieux pneu ou une bouteille d’essence frelatée (c’est de loin la denrée la plus vendue au bord de la route). Puis j’ai eu la révélation : en me réveillant un peu plus tard le 4e jour, j’ai découvert qu’au bord de la piscine de l’hôtel, là où je croyais voir un amas de serviettes, se tenait Wily, le marchand de souvenirs. Une boutique incroyable, dans une paillote de fortune, des statuettes vaudoues, des masques, des animaux en bois, des colliers, des chapeaux, des foulards, des tableaux naïfs, (très naïfs). Les béninois sont très fiers (à juste titre) de leur histoire et de leurs monarques, et on trouve un peu partout mention des 12 rois d’Abomey, l’ancien Dahomey, avec leurs symboles caractéristiques et leur date de règne. L’importance de cette Histoire m’a été aussi rendue manifeste par l’intermédiaire de l’un des collaborateurs de l’équipe de développement avec laquelle je travaillais, qui n’a pas manqué une occasion de placer qu’il était de sang royal.
A part ces tableaux naïfs, on m’avait vanté les mérites des tissus béninois caractéristiques par une méthode de superposition de matière. J’en ai effectivement vu de superbes dans le hall de l’hôtel de luxe Bénin Marina (ex Sheraton). Chez Wily, cela se résume à quelques foulards aux motifs ... surprenants. J’en ai notamment vu un représentant des animaux de la savane, assez réaliste, qui aurait été parfait s’il n’y avait pas, au premier plan un phacochère souriant ressemblant comme deux gouttes d’eau au personnage du Roi Lion de Walt Disney Boumba. Ca jure un peu...
Ce qui semble être tout à fait caractéristique de ce genre de commerçant et exactement comme cela est décrit dans les guides, il FAUT marchander, sinon ça les vexe. Ils sont aussi très débrouillards et te propose monts et merveilles pour le lendemain. A noter que le tutoiement vient très vite, dans tous les milieux (j’ai peur d’ailleurs d’avoir vexé la secrétaire générale de la Cour constitutionnelle qui me donnait du « tu » à tout bout de champ et que je vouvoyais en retour : désolé, mais, un secrétaire général, je le vouvoie, je ne sais pas faire autrement.
Comme pendant ces 13 jours, j’ai bossé de 8h à 20h à la Cour, samedis et dimanches compris, je n’ai pas grand chose à dire sur les activités touristiques de la ville de Cotonou.
Les gens sont très attachants, mais je conçois que je n’ai rencontré qu’une catégorie bien particulière de béninois. J’ai gardé plein d’adresses mails, et je vais continuer à correspondre avec certains d’entre eux, notamment les informaticiens que j’ai rencontrés là-bas et que j’ai essayé d’aider, ainsi qu’un jeune homme plein d’entrain qui cherche à monter une ONG locale pour faire de l’alphabétisation numérique (le concept anglais d’information literacy).