Hiérarchie des normes : loi/jurisprudence, cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant...

Le 29 septembre 2006, par Stephane Cottin,

Lu parmi les réponses ministérielles de ce jour :

Hiérarchie loi-jurisprudence 12 ème législature

Question écrite n° 21621 de M. Louis Souvet (Doubs - UMP)

* publiée dans le JO Sénat du 09/02/2006 - page 343

M. Louis Souvet attire l’attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les valeurs respectives de la loi et de la jurisprudence. Les représentants de la nation, de par leur légitimité d’élus, sont seuls habilités à fixer les règles législatives, la jurisprudence n’ayant pour vocation qu’à compléter la loi, ce en parfaite adéquation avec l’esprit tout autant que ses modalités pratiques. En illustration de cette inversion, la saga de la jurisprudence Perruche prend une place à part entière, avec au final la suspension de toute souscription de nouveaux contrats pour la spécialité gynécologie-obstétrique et les conséquences que l’on imagine pour les praticiens en voie d’installation. Il demande si une fois pour toute la hiérarchie loi-jurisprudence va être rappelée par la chancellerie.

Réponse du Ministère de la justice

* publiée dans le JO Sénat du 28/09/2006 - page 2498

Le garde des sceaux, ministre de la justice, fait connaître à l’honorable parlementaire qu’il partage son appréciation de la place respective de la loi et de la jurisprudence. Les juridictions ne peuvent se prononcer par voie de disposition générale, ainsi que le rappelle l’article 5 du code civil, et doivent appliquer la loi, au besoin en l’interprétant, mais toujours dans le respect des dispositions de l’article 12 du nouveau code de procédure civile. ...

 

Commentaires de l'article

 
GroM
Le 29 septembre 2006
Un autre exemple récent peut se trouver dans la loi DADVSI. Lors de la discussion, le rapporteur a directement cité, pour justifier la rédaction de la loi nouvelle, l’appréciation portée par la cour de cassation sur la compatibilité des copies privées de DVD par rapport au test en trois étapes.
 
Atoon
Le 5 octobre 2006

En même temps la distinction est fortemment théorique et les oppositions visées pas forcément bien choisies.

Si la loi était plus claire, la jurisprudence n’aurait pas à la "compléter" ainsi. Rappelons quand même que le juge ne peut opposer un déni de justice au motif de l’insuffisance législative, il est donc de son obligation de palier aux oublis du législateur.

De ce point de vue, c’est plus souvent le législateur qui est à blâmer de n’avoir pas envisager une situation que le juge pour y avoir apporté une solution juridique.

 
sylvial
Le 6 octobre 2006
Oui, oui, tradition légicentriste française, loi volonté générale, Montesquieu : « Les juges ne sont que la bouche qui prononce la parole de la loi, (...) des êtres inanimés » (l’Esprit des lois, Livre XI Ch.6). Mais le juge écarte désormais tranquillement la loi en application de conventions internationales (OK hiérarchie des normes, A 55 C de 58) ? Mais quand c’est en application d’une jurisprudence - par ex. de la Cour Européenne des droits de l’homme, un juge - ou d’une interprétation propre du juge français d’un article CEDH, où situez-vous le juge ? Et certains juges osent même invoquer des principes de valeur constitutionnelle, malgré la fameuse loi-écran, donc effectuer un (interdit) contrôle de constitutionnalité. Et si la situation avait un peu évolué, que le juge français - qui a le moins de pouvoir par rapport aux autres systèmes occidentaux - ne soit plus une simple "autorité judiciaire", mais devienne enfin un véritable "pouvoir judiciaire" pour équilibrer les pouvoirs ? Surtout lorsqu’en effet on se retrouve devant des textes incompréhensibles, pléthoriques, contradictoires...
 
Prof. Buffelan-Lanore
Le 12 décembre 2006
La hiérarchie des pouvoirs publics n’est pas, en pratique, ce qu’on enseigne à la faculté de droit.Selon la Constitution, le pouvoir législatif est le plus éminent parce qu’il émane directement du peuple, le pouvoir judiciaire est le plus respectable parce que les juges, nommés par le Chef de l’État, statuent au nom du peuple français ; le pouvoir exécutif est le plus efficace, car il s’appuie sur la force armée. Dans la réalité politique, c’est l’ordre inverse qui prévaut. Le pouvoir exécutif tend à supplanter les autres pouvoirs : il inspire le pouvoir législatif (90 % de la production législative est d’origine gouvernementale, voire européenne) et peut paralyser la loi par la publication tardive (ou l’absence de publication) de ses textes d’application. Refusant le caractère de "pouvoir" à l’autorité judiciaire, le pouvoir exécutif est maître de la carrière des magistrats du siège et le supérieur hiérarchique des magistrats du parquet. De leur côté, les juges s’arrogent le droit de faire dire aux textes et aux codes un sens souvent très éloigné de la volonté du législateur (exemples célèbres tant dans la jurisprudence civile qu’administrative)et se prononcent par arrêts de réglement (en principe, interdits par l’article 5 du code civil) sous forme d’avis des juridictions suprêmes. Regardons les choses en face et cessons de prendre des vessies pour des lanternes ! (Voir Jean-Paul BUFFELAN-LANORE, Administration citoyenne et cyberdroit, IRIJ, 1997)
 
Stephane Cottin
Le 12 décembre 2006

Très honoré, M. le Professeur, que vous aillez apporté votre avis éclairé sur cette question.

Je ne peux m’empêcher de signaler cette citation que je viens de lire en exergue de l’éditorial de Yann Aguila dans la Lettre "Recherche Droit & Justice" n°24 - Automne 2006 :

« Il y avait des juges avant qu’il y eût des lois » a écrit Portalis.

 

Poster un commentaire



Syndication

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
29 septembre 2006
Statistiques de l'article :
7 visiteurs aujourd'hui
7619 visiteurs cumulés
Mots-clés :
version imprimable
SPIP 1.9.2d [11132] | BliP 2.4 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 1481 (102278)