A l’occasion de la table ronde qui s’est déroulée en fin de la journée d’études ADBS - Paris V du 14 octobre 2003 à Sources d’Europe sur Le Web sémantique : de nouveaux enjeux documentaires ?, j’ai eu l’occasion de lancer un appel à proposition pour les chercheurs (et les représentants de solutions logicielles) présents dans la salle. Je n’ai pas eu le temps de prononcer le discours suivant, mais voici mes notes...
Ce que je voudrais exprimer devant vous est qu’à mon avis, le terreau est propice à la mise en oeuvre de solutions de web sémantique à grande échelle (en tout cas à échelle économiquement viable), tant pour le grand public (aide à la recherche juridique simple), que pour certains professionnels du droit (aide à la recherche juridique approfondie, aide à la décision, aide à la rédaction de normes ou de conventions). On a en effet un grand nombre de corpus structurés d’une part, et d’autre part des volontés officielles, explicitement formulées, des organisations anciennes (plus de 40 ans d’expériences, de réussites et d’échecs à analyser)
On pourrait en effet parler de la rencontre délicate entre la réalité des besoins du juriste et (vu de Sirius) la fiction (mais vous savez que ce n’en est pas une) du web sémantique, en particulier dans ses applications d’aide à la recherche, à la décision, au classement,...
Rappels :
(la "communauté") le juriste, c’est non seulement le professionnel du droit (à la fois producteur et consommateur de ces informations), mais aussi vous tous, qui êtes soumis aux lois en particulier, au droit en général.
(le "corpus") le web juridique est désormais un corpus gigantesque, structuré pour une grande part, notamment officielle (jurisprudence et normes) , et sans aucune structure pour la partie doctrine, soumise quant à elle aux droits d’auteur.
des thésaurus juridiques
Il y en a eu, il n’y en a plus de généralistes
des ontologies
voir les travaux de Guiraude Lame et notamment sa thèse 2002 CONSTRUCTION D’ONTOLOGIE A PARTIR DE TEXTES. Une ontologie du droit dédiée à la recherche d’information sur le Web (attention très lourd document en PostScript).
On verra aussi une application pratique de la thèse susdite, et avec attention les travaux de Didier Bourigault et notamment celui-ci
Non seulement il y en a, mais ils sont formellement explicités. Le Conseil constitutionnel a élevé au rang d’objectif à valeur constitutionnelle le principe d’intelligibilité et d’accessibilité de la loi (1999). Un peu plus tôt (1997), le Conseil d’Etat avait affirmé que la diffusion du droit était un service public par nature (comme les routes ou l’école).
Les lieux de ses besoins sont aussi bien délimités : le service public de diffusion du droit par Internet (SPDDI) (et, par exemple S.A.R.D.E., Système d’Aide à la Recherche Documentaire Elaborée d’une part, et l’entrepôt de DTD de l’ADAE
Les chantiers sont nombreux : la codification, la simplification, l’intégration du droit communautaire, la décentralisation et l’intégration des nouvelles compétences normatives locales dans les corpus nationaux...
Malgré 40 ans d’expérience parfois réussies, malgré un domaine de connaissances par essence structurées et hiérarchisées (et sachant obéir à des règles de création et de relations qu’elles se sont elles-mêmes créées), on n’a jamais trouvé d’applications de web sémantique grand public ou à grande diffusion dans le domaine juridique.
Les explications sont peut-être là : plus qu’ailleurs, le langage juridique est polysémique (constitution de société, constitution de partie civile, constitution de témoin, constitution et pouvoirs publics...), implicite, le royaume de la litote et de la phrase de quinze pages...
Je vois là un terreau riche d’expériences et d’applications industrielles, à mon avis qui trouveront assez vite leur retour sur investissement, tant pour des universitaires qui cherchent de nouveaux corpus à étudier et analyser, de nouveaux besoins à satisfaire et des challenges à relever, que pour les éditeurs de produits logiciels qui pourraient facilement établir des niches commerciales et des débouchés.
Bonjour,
pour ceux pour qui le Web sémantique, l’ontologie, la taxonomie restent des concepts floue, vous pouvez visiter le site Wiki mentionné ci-dessous, qui vous permettra sans doute de vous éclairer.
J. Blanc
Adresse du site :
A lire, sur le site Internenettes, cet article très bien fait sur "Le web sémantique, ou la mort annoncée des moteurs"
Lu dans le Bulletin des Bibliothèques de France BBF 2004 – Paris, t. 49, n° 1, p. 69-70 un résumé de la journée ADBS du 14 octobre 2003, dans les Chroniques de Juliette Doury-Bonnet